Poulets grillés, Sophie Hénaff




Voilà une femme, une journaliste à Cosmopolitan, Sophie Hénaff qui, pour son premier roman, Poulets grillés, obtient le Prix Polars en Séries, le Prix Arsène Lupin 2015 et le Prix du meilleur polar francophone.

Ce roman policier a pour héros incertains un groupe de flics bien particuliers, qui n’ont plus guère d’avenir, des placardisés, de ceux que l’on tient en lisière ; l’un est un « chat noir », la « Scoumoune » qui a perdu tous ses partenaires, sous les balles, les uns après les autres, l’autre, bien que de qualité, est homosexuel, celle-là s’est mise à écrire et, devenue auteur à succès, a tenu toutefois à poursuivre sa carrière de flic. Grande gueule, on la jalouse et on la craint, la peur de se retrouver dans l’un de ses romans. Tous, ont un point sensible que ce soit l’alcool, le jeu… Et le chef de groupe qui va chapeauter tout cela est une jeune commissaire attendant son possible renvoi pour bavures.

On fait de tout cela une entité. On leur octroie un local qui n’a rien d’un commissariat, des meubles de fortune, et parfois de guingois. Leur mission : centraliser les affaires non résolus, un bon moyen d’assainir les statistiques des autres groupes, les normaux. Dans son placard, notre équipe supportera tous les échecs. Et pourtant, ce sont des policiers et ils le montreront. Une police sans armes, sans moyens d’investigation, sans accès au judiciaire, sans utilisation possible des labos et avec des véhicules pourris.

Un roman qui vous prend et qui ne vous lâche plus. Un bouquin qui met du baume au cœur et que j’aimerais vous voir lire. On en reparle ?


Publié par Jacques

Le Cœur cousu, Carole Martinez



Je n’ai pas aimé ce livre. Ce livre m’a attrapée, m’a fait voyager, m’a transportée et ne m’a plus lâchée. Il m’a en quelque sorte hypnotisée.

Je n’aime pas particulièrement la couture, je ne suis pas attirée plus que ça par la culture espagnole et tout ce qui est contes, magie, surnaturel est apprécié avec parcimonie. Et pourtant…! C’est ma tante, dont je partage les avis littéraires, qui m’a prêté ce livre en me disant qu’elle avait adoré et que ce livre l’avait happée. Il a eu le même effet sur moi.

Pour moi, sa lecture est une expérience et je vous conseille ce livre pour celle qu’il recèle. C’est l’histoire d’une femme, Frasquita Carasco, et de ses enfants, l’histoire de la transmission de génération en génération. C’est l’histoire de ce que l’on a au fond de soi et de la force avec laquelle

on le déploie. Ce livre nous parle des femmes, des couleurs, de la passion… Le Cœur cousu est un concentré de vie !  

Le Cœur cousu a été publié le 8 février 2007.  Il était à l’origine titré Traversée mais a changé de nom suite à une suggestion de l’éditeur. Ce roman n’a pas connu un grand écho à sa sortie mais s’est bien rattrapé car a reçu depuis  8 prix dont le Premier prix du Festival du Premier Roman de Chambéry 2007, le prix Emmanuel-Roblès 2007 et le prix Renaudot des lycéens 2007.

Carole Martinez est née en Moselle en 1966 et exerce le métier de professeure de français. Elle a écrit un deuxième roman Du domaine des Murmures nommé au prix Goncourt des lycéens 2011, que je vais lire très prochainement.



Publié par Coraline

Rosy & John, Pierre Lemaitre




Une bombe explose à Paris. Un échafaudage est pulvérisé. Très rapidement, la police en découvre l’auteur. Ce n’est pas l’acte d’un terroriste. Le responsable, un jeune homme, John Garnier qui récupère, dans l’est, les obus datant de la Grande Guerre qui, avec le temps, remontent à la surface. Il n’est pas nécessaire de le chercher longtemps. Il se livre à la police qu’il informe du dépôt, par ses soins, de six bombes ayant pour objectif six écoles maternelles. Tout cela pour obtenir la mise en liberté de sa mère, emprisonnée pour avoir tué sa petite amie. Paradoxalement, il veut s’enfuir avec elle vers l’Australie et demande pour cela cinq millions d’euros.

Ces bombes exploseront au rythme de une par jour si sa mère, meurtrière de sa petite amie et emprisonnée, n’est pas libérée. Il demande en outre la possibilité de s’enfuir avec elle en Australie avec cinq millions d’euros. Pour mener cette négociation, il demande, face à lui, Camille Verhœven, lui et lui seul, le policier de un mètre quarante cinq que Pierre Lemaître présente ici dans sa quatrième affaire.

Pierre Lemaître, magistralement, rend palpable l’angoisse des responsables conscients des possibles retombées meurtrières. Et l’homme, sachant posséder des cartes maitresses, ayant tout calculé, ne concèdera rien, ni à la violence, ni aux sentiments. Tout cela pour une mère ayant assassiné son amour. ? Il vous faudra atteindre la fin de ce court mais fascinant roman pour juger du poids de l’amour dans la haine. 

Heureusement, Camille Verhœven est là !


 Publié par Jacques

Purgatoire des innocents, Karine Giébel



Karine Giébel est née à La Seyne-sur-Mer en 1971, dans le Var. Après des études de droit elle obtient une licence et, après différents emplois elle est actuellement juriste dans la fonction publique territoriale. Huit de ses romans ont été publiés, plusieurs ont été primés, certains à plusieurs reprises. C’est un auteur de romans noirs, ou, comme l’on dit, de thriller psychologique. Ses romans sont traduits en 9 langues : allemand, italien, néerlandais, russe, espagnol, tchèque, polonais, vietnamien et coréen.

Tout au long des 437 pages de ce livre, emmagasinant la noirceur du récit, je me suis souvent demandé : « Jusqu’où ira-t-elle ? ». Toujours bien écrit, sans vulgarité mais alors d’une noirceur… d’enfer !

Et j’ai dévoré ce roman.

Suis-je normal ?




                                                   
                                                             

 Publié par Jacques

Une vie entre deux océans, M. L. Stedman




M. L. Stedman est née et a grandi dans l’ouest de l’Australie, vit actuellement à Londres où elle a exercé le métier d’avocat et  pris des cours d’écriture créative.

Une vie entre deux océans est son premier roman.

Tom Sherbourne a vécu les pires horreurs, combattant à la première guerre mondiale. Après cette expérience traumatisante, il retourne dans son pays natal, l’Australie, où il aspire désormais au silence et à la paix auprès de sa femme Isabel. Tous deux démarrent une nouvelle vie sur l’île de Janus, au sud ouest de l’Australie. Là bas Tom sera le gardien du phare et Isabel sa protégée. Coupés de tout, du monde et de leur entourage, ils se créent un cocon, un havre presque idyllique. Leur vie est simple et joyeuse.

Mais Tom et Isabel voient leur bonheur s’estomper au fil des tentatives de grossesse d’Isabel. Puis vînt un jour où le ventre d’Isabel s’arrondit enfin. Leur joie est immense, ils vont goûter leur rêve tant espéré. Malheureusement, leur espoir éclate et fait place au cauchemar, Isabel sombre dans la dépression après une fausse couche. Cette descente aux enfers semble prendre fin lorsqu’un jour un canot vient s’échouer sur le rivage de leur île. Un miracle… ? Un homme mort couché sur le plancher, à ses côtés un nourrisson les yeux grands ouverts.

Que faire ? Garder cet enfant tant désiré et tant aimé dès le premier regard ? Respecter la loi et informer le continent qu’un canot s’est échoué ? Suivre ses pulsions et mentir ? Suivre sa raison et renoncer à l’amour ?

Le reste du livre est consacré à ces questions et à leurs conséquences mais je vous laisse le découvrir et le vivre au fil des pages, je ne lui rendrai pas justice de vous le raconter. La première chose que j’ai aimé dans ce livre c’est la description de la vie de Tom et Isabel près de ce phare. Ils en sont les gardiens mais au fil du récit, on se demande si ce n’est pas l’inverse. Tom revit et réapprend à aimer. Isabel se libère, rayonnante, ils incarnent le bonheur.

Ensuite j’ai été happée par les questions que ce livre nous impose. Au-delà de son histoire telle que je vous l’ai décrite, il s’agit de la frustration de ne pas pouvoir donner la vie, de ce qu’il est possible de faire par amour, du besoin de vérité différent chez chacun, du désastre de la culpabilité dans nos vies. Bref, ce livre m’a mis face à mes contradictions et mes responsabilités.

Une vie entre deux océans m’a bouleversé, peut-être parce que je suis une femme, peut-être parce qu’il m’a profondément questionné et que je n’ai pas pu le lâcher jusqu’à la fin. Il m’a fait entendre que la vie n’est pas blanche ou noire, parfois les nuances s’imposent.
                                                                                            
                                                      Publié par Coraline

Condor, Caryl Ferey




Caryl Ferey, né à Caen, le 1er juin 1967, est un auteur de roman policier. Ce grand voyageur, à vingt ans avait déjà fait le tour du monde, travaillant, parfois, pour le Guide du routard. Ses souvenirs l’ont marqué, sans aucun doute. Aussi, nous propose-t-il un thriller dans le cadre oppressant du Chili imprégné pour longtemps par la tragédie qui l’a frappée. Le plan Condor fut en fait une campagne d’assassinats et de lutte antiguérilla conduite par les services secrets du Chili, d’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay. Elle ouvrit la porte à tous les excès, à toutes les tortures.

Le roman de Caryl Ferey se place alors que la dictature de Pinochet vient de se terminer. Pour autant que sont devenus les tortionnaires ? Le décret-loi d’amnistie, adopté en 1978, exonérait de leur responsabilité pénale l’ensemble des personnes accusées d’avoir commis des violations des droits humains entre le 11 septembre 1973 et le 10 mars 1978. Couverts par cette impunité pour quelles raisons n’auraient-ils pas poursuivi leurs actions dans le monde de l’argent facile, de la drogue et de la corruption ? Sur les pas d’Esteban, le fils de famille bourgeoise et de Gabriella, jeune mapuche victimes d’un amour impossible.

Ce roman m’a demandé de mieux comprendre le drame sud-américain, la terreur qu’il inspira, la misère des uns, la richesse des autres, le dégoût que peuvent ressentir les Estéban chiliens et le désir de vivre autrement de la jeune Gabriella. Il n’est point nécessaire de publicité pour vous faire dévorer ce livre, un simple conseil de lecteur suffira.


Publié par Jacques

Brooklyn, Colm Tóibín






« Un petit chef-d’œuvre d’une rare virtuosité… un superbe roman sur l’exil et le désir d’une femme. » Tel est le commentaire d’Alexandre Fillon, journaliste au magazine LiRE, sur la 4ème de couverture du roman. La première partie de sa phrase est fausse, la seconde est vraie.

Colm Tóibín est irlandais, né en 1955 dans le Comté de Wexford. Journaliste est écrivain de renom, il a reçu de nombreux prix qui couronnent son statut d’écrivain irlandais contemporain important. Brooklyn écrit en 2009 traite des thèmes de l’exil, de la nostalgie et de l’amour. Années 1950, New York, terre d'exil et terre promise, s'étend à l'horizon. Alors qu'elle quitte l'Irlande pour travailler à Brooklyn, la jeune Eilis se perd dans cette ville anonyme. Mais bientôt, un drame la rappelle à son pays natal. Déchirée entre deux mondes, entre l'enfance et l'avenir, quels choix fera-t-elle pour imposer sa voie ?



« Jusqu'à présent, Eilis avait toujours cru qu'elle vivrait toute sa vie, comme sa mère avant elle, dans cette ville où elle était connue de tous; elle avait cru qu'elle garderait toute sa vie les mêmes amis, les mêmes voisins, les mêmes habitudes, les mêmes itinéraires. Elle avait imaginé qu'elle trouverait un emploi en ville et que, par la suite, elle épouserait quelqu'un et laisserait son travail pour élever ses enfants. »



Nous suivrons le destin d’Eilis et, non sans émotion, sa déchirure entre deux pays, deux cultures et deux histoires. Alors pourquoi ce n’est pas un chef d’œuvre ? D’abord, bien que travaillé, le style de l’auteur pêche par sa simplicité et manque de poésie. Ensuite, la construction narrative du roman est plaisante, suivie avec plaisir, mais n’est pas particulièrement remarquable. Si c’est la complexité que vous recherchez, passez votre chemin.


« Personne de sa famille ne pouvait l'aider. Elle les avait tous perdus. Ils ne seraient jamais informés de ce qu'elle endurait en ce moment; elle n'en parlerait pas dans ses lettres. Et pour cette raison, comprit-elle, ils ne sauraient plus jamais vraiment qui elle était. Peut-être ne l'avaient-ils jamais su, songea-t-elle aussitôt après. Car si ç'avait été le cas, ils auraient deviné ce que départ signifierait pour elle. »


Mais pourquoi Brooklyn est quand même un superbe roman ? Le personnage d’Eilis est parfaitement crédible, touchant, émouvant, Colm Tóibín a su rendre en mots l’âme d’une jeune femme irlandaise émigrée aux Etats-Unis. Même si nous aurions apprécié un texte plus poétique, pour ce qui est de nous transmettre les émotions de l’héroïne, l’écrivain irlandais est plus que doué. La seconde partie du roman est très réussie et sa lecture vaut à elle seule de se lancer. Il se dégage de l’ensemble du texte, allant crescendo, une nostalgie parfois douce parfois déchirante mais toujours juste et touchante.


En résumé, Brooklyn est un beau roman qui cache sous une apparence simple et un peu classique une histoire émouvante et une héroïne marquante.

Publié par Lux