Brooklyn, Colm Tóibín






« Un petit chef-d’œuvre d’une rare virtuosité… un superbe roman sur l’exil et le désir d’une femme. » Tel est le commentaire d’Alexandre Fillon, journaliste au magazine LiRE, sur la 4ème de couverture du roman. La première partie de sa phrase est fausse, la seconde est vraie.

Colm Tóibín est irlandais, né en 1955 dans le Comté de Wexford. Journaliste est écrivain de renom, il a reçu de nombreux prix qui couronnent son statut d’écrivain irlandais contemporain important. Brooklyn écrit en 2009 traite des thèmes de l’exil, de la nostalgie et de l’amour. Années 1950, New York, terre d'exil et terre promise, s'étend à l'horizon. Alors qu'elle quitte l'Irlande pour travailler à Brooklyn, la jeune Eilis se perd dans cette ville anonyme. Mais bientôt, un drame la rappelle à son pays natal. Déchirée entre deux mondes, entre l'enfance et l'avenir, quels choix fera-t-elle pour imposer sa voie ?



« Jusqu'à présent, Eilis avait toujours cru qu'elle vivrait toute sa vie, comme sa mère avant elle, dans cette ville où elle était connue de tous; elle avait cru qu'elle garderait toute sa vie les mêmes amis, les mêmes voisins, les mêmes habitudes, les mêmes itinéraires. Elle avait imaginé qu'elle trouverait un emploi en ville et que, par la suite, elle épouserait quelqu'un et laisserait son travail pour élever ses enfants. »



Nous suivrons le destin d’Eilis et, non sans émotion, sa déchirure entre deux pays, deux cultures et deux histoires. Alors pourquoi ce n’est pas un chef d’œuvre ? D’abord, bien que travaillé, le style de l’auteur pêche par sa simplicité et manque de poésie. Ensuite, la construction narrative du roman est plaisante, suivie avec plaisir, mais n’est pas particulièrement remarquable. Si c’est la complexité que vous recherchez, passez votre chemin.


« Personne de sa famille ne pouvait l'aider. Elle les avait tous perdus. Ils ne seraient jamais informés de ce qu'elle endurait en ce moment; elle n'en parlerait pas dans ses lettres. Et pour cette raison, comprit-elle, ils ne sauraient plus jamais vraiment qui elle était. Peut-être ne l'avaient-ils jamais su, songea-t-elle aussitôt après. Car si ç'avait été le cas, ils auraient deviné ce que départ signifierait pour elle. »


Mais pourquoi Brooklyn est quand même un superbe roman ? Le personnage d’Eilis est parfaitement crédible, touchant, émouvant, Colm Tóibín a su rendre en mots l’âme d’une jeune femme irlandaise émigrée aux Etats-Unis. Même si nous aurions apprécié un texte plus poétique, pour ce qui est de nous transmettre les émotions de l’héroïne, l’écrivain irlandais est plus que doué. La seconde partie du roman est très réussie et sa lecture vaut à elle seule de se lancer. Il se dégage de l’ensemble du texte, allant crescendo, une nostalgie parfois douce parfois déchirante mais toujours juste et touchante.


En résumé, Brooklyn est un beau roman qui cache sous une apparence simple et un peu classique une histoire émouvante et une héroïne marquante.

Publié par Lux

L’Emprise & Quinquennat, Marc Dugain




Marc Dugain, né le 3 mai 1957, apparut dans le monde littéraire avec l’édition, en 1998, de son premier roman La chambre des officiers pour lequel il reçut vingt prix littéraires, parmi lesquels le prix des libraires, celui des Deux-Magots ainsi que le prix Roger Nimier. Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble, expert-comptable reconnu, travaillant dans la finance pour la Caisse d’Épargne, entrepreneur connaissant la réussite dans l’aéronautique, il bascule dès 1999 et publie successivement onze romans dont trois se verront adaptés pour l’écran, La chambre des officiers, Une exécution sommaire et La malédiction d’Edgar ; ajoutons à cela la production d’un téléfilm, La bonté des femmes, le scénario d’une bande dessinée et la mise en scène au théâtre de : Une banale histoire d’Anton Tchekhov au théâtre de l’Atelier. 

J’ai commencé à lire Quinquennat sans savoir que le volume L’Emprise le précédait. Toutefois, la trame et l’écriture de ce second volet étaient suffisamment évocatrices pour m’obliger, page après page, à me perdre dans la noirceur d’un monde politique où se bousculent l’affairisme, l’ambition, la cupidité, le sexe pouvant conduire jusqu’au viol mais aussi des services spéciaux parfois peu regardant sur les moyens à employer pour obtenir le silence.

Octogénaire, bien établi à mon poste d’observation, il y a bien longtemps que la vision de notre société m’interdit le tri binaire entre le bien et le mal ; il existe encore des grisailles acceptables et des roses d’espoir. Ces deux romans décrivant les hautes sphères de l’État sont, pour ma part, désespérants à souhait avec des personnages, malheureusement, plus que probables. Un seul d’entre eux nous permet de penser à une possible et hypothétique idée de justice par son action et ses investigations journalistiques. Mais pourra-t il aller jusqu’au bout ?

Nous sommes ici au sommet de l’État et nous pourrions penser, après lecture, qu’en effet, « Il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark ». Toutefois, éternel optimiste, je m’ose à espérer que quelque humanité réchauffe toujours le cœur de nombre de nos élus, ceux qui restent à la recherche d’une société juste équitable et citoyenne. Pourquoi n’en parle-t-on pas ?


  Publié par Jacques    

Expiation, Ian McEwan




Ian McEwan est anglais et qui dit anglais dit corrosif, non ?

Né en 1948, Ian McEwan est un auteur réputé. Richard Ford dit de lui qu’il est le plus grand écrivain contemporain, rien que ça. Singapour, Libye, Allemagne, Ian McEwan a grandi dans plusieurs pays, suivant son père officier écossais dans l’armée britannique. Des études brillantes puis très tôt les premiers écrits, des nouvelles où déjà il parle de l’interdit, de la perversion, du mal, ces questions qui l’ obsèdent. Prix Fémina étranger en 1993 pour L’Enfant volé, l’auteur anglais y montre déjà son appétit pour les histoires tordues, mettant en scène des enfants qui perdent leur innocence  dans un mode sordide sujet de toutes les déviances. Plus tard, il obtiendra la consécration avec Amsterdam, qui fit polémique mais reçu le très prestigieux prix Booker 1998.

Expiation sort en 2001 et concentre ce qui fait le sel de l’œuvre provocatrice de McEwan : Été 1935, Briony, une petite fille de 13 ans, écrit une pièce de théâtre Les Tribulations d'Arabella en vue de l'arrivée de son frère Léon. Elle surprend sa sœur Cecilia se disputant près d'une fontaine avec le fils d'une employée de la maison, Robbie. Son manque de compréhension du monde adulte la pousse à commettre une faute qui fera basculer cette journée dans le drame : Robbie est incarcéré de force après avoir commis un terrible parjure, plus tard la guerre éclate et Robbie est envoyé au front en tant que soldat prisonnier. Briony deviendra infirmière, Cecilia, quant à elle, n'adressera plus jamais la parole à sa sœur. Briony, consciente qu'elle a détruit l'amour et la vie de deux jeunes âmes, tentera tout au long de son existence de retrouver contact avec sa sœur.

« Comment un écrivain peut-il se racheter, alors que, doué du pouvoir absolu de décider de la fin, il est également Dieu ? Il n'a personne, ni entité, ni forme supérieure à qui en appeler, avec qui se réconcilier ou qui puisse lui pardonner. Il n'existe rien en dehors de lui. En imagination, il a fixé les limites et les termes. »

L’histoire, bien que classique est très bien ficelée, pas un instant on ne s’ennuie en suivant le destin de Briony, de Cecilia et de Robbie. On sent que McEwan sait où il veut nous emmener et comment y aller, ce qui confère au récit une dimension de tragédie grecque. Très vite, la sombre destinée de nos trois personnages apparaît. Tout est tendu, ajusté au millimètre, McEwan se pose en orfèvre et sa macabre mécanique ne s’enraille pas, c’est aussi clinique que froid.

« Mon enfant bien-aimée, tu es jeune et charmante,
Mais naïve tu crois, car du monde ignorante,
Voir le monde à tes pieds,
Alors qu'il ne demande qu'à te piétiner. »

Le style de Ian McEwan est chirurgical. Il est d’une précision, d’un sens du détail aiguisé. Sans jamais sacrifier la clarté, son écriture reste néanmoins touffue, dense, ample. J’ai mis quelques dizaines de pages à m’approprier cette plume très reconnaissable. En parfait british, McEwan est un savant mélange entre acidité et humour, à peine dissimulé au détour d’une phrase à l’ironie grinçante.

« Au-delà d'un certain âge, traverser la ville donne désagréablement à penser. Les adresses des morts s'accumulent. »

Je pense qu’Expiation est un roman important, écrit par un grand auteur. Il partagera sans doute le lecteur qui peut ne pas entrer dans cette machine infernale mais on ne peut que saluer le travail d’horloger de McEwan qui livre un roman de 496 pages sans une once de gras.
Je lirai d’autres romans du Sir McEwan


PS : Expiation a été adapté au cinéma par Joe Wright sous le titre Reviens-moi avec Saoirse Ronan, Keira Knightley et James McAvoy. Je ne l’ai cependant pas vu dont je ne saurai vous en dire d’avantage, peut être lors d’un prochain billet !


Publié par Lux

Trilogie « Joe Leaphorn » de Tony Hillerman



La Voie de l’ennemi, 1990, Rivages, Noir, n°98, publié aux U.S.A en 1970
Là où danse les morts, 1986, Rivages, Noir, n°6, publié aux U.S.A. en 1973[1]
Femme qui écoute, 1988, Rivages, Noir, n°61, publié aux U.S.A. en 1978


L’auteur de cette série, Tony Hillerman, est un auteur américain de roman policier apportant dans ceux-ci une touche particulière d’ethnologie en choisissant de faire vivre ses récits au contact de la civilisation amérindienne, celle, en particulier, des Navajos.

Tony Hillerman est né le 27 mai 1925 à Sacred Heart, dans l’Oklahoma. Cet état, dont le nom, en amérindien de la tribu chotaw, signifie le « peuple rouge », possède de nos jours le plus grand nombre d’Amérindiens des U.S.A. Plus de 25 langues amérindiennes sont parlées, alors que 67 tribus et 39 nations sont reconnues par le gouvernement fédéral. L’Oklahoma est fier d’appartenir à l’État des « Native Americans », les Indiens d’Amérique. C’est ainsi que Tony Hillerman fut inscrit, dès son plus jeune âge, dans des écoles fréquentées par des enfants amérindiens. L’Oklahoma, de plus, touche au « Four Corners », situés en région désertique, sur le plateau du Colorado. Là, les parties de l’Arizona, du Nouveau-Mexique et de l’Utah se trouvent dans la réserve indienne navajo, alors que celle du Colorado est implantée dans une réserve Ute.

Combattant au cours de la Seconde Guerre Mondiale, Tony Hillerman pu assister, à son retour, en 1945, à un cérémonial navajo tenu pour aider les marines navajo ayant participé aux combats du Pacifique à retrouver leur santé et leur place dans leur monde environnant. C’est là qu’il découvrit « la Voie de l’ennemi », « Ennemy way ». Il restera marqué par cette vision.

Après avoir travaillé comme journaliste de1948 à 1962 et muni d’un master de journalisme, il enseignait de 1966 à 1987 à l’université du Nouveau-Mexique à Albuquerque.

Il restait au pays. Son premier roman parut en 1970, était le début d’une trilogie dont le héros sera Joe Leaphorn. L’intérêt de lire cette série dans l’ordre de publication d’origine est de suivre le héros Joe Leaphorn dans le cours de sa vie avec ses joies et ses problèmes. Des intrigues bien ficelées tiennent le lecteur en haleine et le projette dans le monde difficile d’une réserve indienne implantée en plein désert, avec un décor sauvage et rocailleux dans lequel les navajos, délaissant les logements construits par l’État, continuent à construire les hogans traditionnels : une maison conique, faite d’une armature de bois recouverte de terre avec un trou pour laisser passer la fumée et un étroit passage pour entrer. C’est là qu’ils resteront gardant la maison de l’Etat comme réserve. Une vie difficile mais fondée sur le culte de la nature et de l’harmonie.

Une lecture des plus agréables, réunissant un bon polar et un dépaysement total vers les westerns de notre enfance.


 Publié par Jacques




[1] Grand prix de la littérature policière 1987

Fin de mission, Phil Klay



Phil Klay, âgé d'à peine trente ans, est vétéran du corps des marines, pour lequel il a servi dans la province irakienne d'Anbar de janvier 2007 à février 2008. Son premier livre, Fin de mission, est un recueil de douze nouvelles. Best-seller aux États-Unis, il a été couronné par le prestigieux National Book Award en 2014.

Captivé par la lecture des 12 nouvelles que nous présente ce livre, j’ai retrouvé le malaise que l’on découvre si souvent dans les productions américaines tant au niveau littéraire que dans l’exploitation cinématographique : L’impact de la guerre et ses dommages post-traumatiques. Nous sommes ici en présence de combattants ayant opéré en Irak, non pas en envahisseurs mais, sans aucun doute, en intrus.

La grande question que l’on peut se poser, tout au long des récits proposés, est de comprendre si ces jeunes engagés dans les marines, la plupart ayant moins de vingt ans, sont les tueurs que souhaiteraient leurs chefs ? Pour eux, en fait, ainsi que le souligne l’auteur :

« La guerre c’est 99% d’ennui absolu et 1% de pure terreur. Mais une sorte de terreur secondaire qui se mêle à l’ennui. C’est donc plutôt 50% d’ennui et 49% de terreur ordinaire, qui n’est que le sentiment général que vous pourriez mourir à tout instant et que tout le monde dans ce pays veut vous tuer. »

En fin de lecture, on peut comprendre que l’un des leurs ait pu scandaliser un civil ressentant du respect à son égard lorsqu’il lui déclarait :

« Je ne veux pas du respect pour ce que j’ai traversé, je veux que tu sois écœuré. »

Écœuré encore par ces projets prévus, par le monde politique, pour l’après-guerre, qui ne pourrons se réaliser mais qui verront couler les dollars à flot en bakchich, ou pour des constructions illusoires ou inutiles.

Phil Klay sait nous dépeindre le trouble de stress post-traumatique dans ses différentes phases en nous permettant, toutefois, de retrouver le sourire, en rencontrant des stations d’épuration d’eau illusoires, des centres de réunions fantômes mais couteux ou des pelouses plantées en plein désert, véritables tapis de dollars… Mais il est vrai que cette guerre d’Irak était initialement bâtie sur un mensonge…

 Une écriture nette, précise qui, indépendamment des effluves d’alcool, persistantes en arrière-plan, nous instille le désarroi de ces hommes qui, au-delà des médailles, pourront parfois chercher le repos dans le suicide.



Publié par Jacques

Les O’Brien, Peter Behrens




C’est avec regret que je referme la dernière page de cet épais roman. 600 belles pages durant lesquelles je ne me suis pas ennuyé une seule fois. J’ai suivi le destin des O’Brien avec beaucoup d’intérêt et un sentiment de nostalgie plane agréablement sur cette lecture.

Les O’Brien est un roman écrit par le canadien Peter Behrens, auteur que je ne connaissais absolument pas. Né en 1954, il vit aujourd’hui aux Etats-Unis dans le Maine. Je l’avoue, c’est la couverture qui m’a attirée au premier abord. Et comme je suis amateur de grande fresque familiale, je me suis dit que c’était pour moi !

Les O’Brien, c’est l’histoire sur quasiment un siècle de la famille O’Brien et plus particulièrement de Joe que l’on suivra de son enfance jusqu’à un âge avancé. Autour de lui graviteront les autres personnages du roman, son épouse Iseult, ses frères, ses enfants, ses petits-enfants.

L’histoire commence au Canda où Joe et ses frères vivent modestement pour ne pas dire dans la misère. Elevé par une mère malade et un beau-père douteux, ils décideront rapidement de quitter le pays et de partir aux Etats-Unis. C’est Joe, entrepreneur à tous les sens du terme qui mènera la barque et créera une entreprise de construction de chemins de fer.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas le suspens qui est le moteur de cette lecture. L’histoire se déroule à un rythme plutôt lent, suivant le destin des personnages, s’attardant sur certains évènements anodins, d’autres en apparence plus cruciaux sont seulement évoqués. Peter Behrens est un écrivain qui déstabilise : son style n’est pas éblouissant au premier abord, il s’en dégage une fluidité remarquable et les pages s’enchainent sans aucune lassitude. Puis en y regardant de plus près au fur et à mesure que je m’immergeais dans le roman, je me suis aperçu à quel point Peter Behrens est un grand écrivain. Chaque mot, chaque phrase traduit une musique qui confère au récit cet aspect mélancolique que j’évoquais. Comme une rivière s’écoulant tranquillement, imperturbable, sans faire beaucoup de bruit mais créant une atmosphère si unique.
En quelques mots, j’ai adoré l’écriture de Peter Behrens, magnifique, fluide, poétique, mélancolique.

« Le dimanche par beau temps, ils embarquaient à bord d'une draisine le bébé, un panier à pique-nique, un appareil photo et ils filaient sur les rails fraîchement fixés sur les traverses. » 

Je suis un grand amateur de fresques familiales racontant sur plusieurs générations le destin d’individus en apparence communs mais qui marquent de leur empreinte la grande Histoire. J’ai été servi ! Les personnages sont réussis, crédibles et émouvants, Joe en premier lieu. Ses réussites, ses difficultés, ses échecs, les conflits amoureux et familiaux, Peter Behrens sait nous passionner à chaque page pour ses protagonistes. Il est rare d’avoir autant d’empathie pour les personnages d’un bouquin. Ici, je me sentais proche de chacun des membres de la famille, me sentant impliqué dans leur vie.

Ce qui m’a également plus, c’est la façon dont l’auteur a construit son histoire. Il n’y a pas de recherche d’effet dramatique ni de volonté de faire de cette famille l’emblème d’une critique du rêve américain ou de la société industrielle du XXe siècle. Il y a beaucoup de modestie qui se dégage de ce livre. L’ambition est là mais elle n’est pas démesurée, les personnages existent pour ce qu’ils sont. Finalement c’est une histoire simple mais c’est ce qui lui donne son infinie humanité.

Ce texte m’a beaucoup touché, j’y ai pris un plaisir immense et les O’Brien m’habitent encore aujourd’hui, plusieurs jours après en avoir achevé la lecture. N’est-ce pas la marque des grands romans ?

Publié par Lux

Virgin Suicides, Jeffrey Eugenides




Quel roman que ce Virgin Suicides ! Une véritable prouesse !

Ecrit en 1993 par Jeffrey Eugenides, ce roman raconte (le titre est le meilleur synopsis) les suicides de cinq sœurs ou plus exactement la genèse de ces suicides.

Jeffrey Eugenides, américian de 55 ans né à Detroit est un écrivain qui cultive sa rareté. Un roman tous les 10 ans et à chaque fois un coup de maître. Virgin suicides d’abord, en 1993, adapté au cinéma par Sofia Coppola. Middlesex ensuite qui obtiendra le Pirx Pullitzer puis Le Roman du mariage.


Roman étrange, aussi fascinant que passionnant, Virgin Suicides dérange. Jeffrey Eugenides crée une ambiance qui oscille quelque part entre le glauque et la grâce, il mêle même les deux avec une habilité déconcertante. La pulsion de vie/de mort est au cœur de ce roman dont chaque mot semble soupesé et choisi avec une infinie précaution. L’art de la formule, de la métaphore juste, les phrases courtes et percutantes rendent l’écriture de Eugenides fluide et lumineuse, capable d’envolée lyrique comme d’ironie sanglante.


« Cécilia, la plus jeune, treize ans seulement, avait été la première. Elle s'était ouvert les poignets dans son bain comme un stoïcien, et quand ils la trouvèrent flotter dans sa mare rose, les yeux jaunes comme une possédée et son petit corps exhalant l'odeur d'une femme mûre, les infirmiers furent tellement effrayés par sa tranquillité qu'ils restèrent hypnotisés. »


L’histoire de Virgin Suicides est simple et annoncée dès le titre mais plus le récit avance, plus on découvre la complexité cachée derrière cette apparente simplicité. Avec une économie de moyen impressionnante, Eugenides parvient à dépeindre la genèse de ces suicides. De bout en bout, on est passionné par le destin de ces cinq sœurs et par l’ambiance toujours entre rêve et horreur qui se dégage du récit.


Pour un premier roman, Eugenides frappe fort, très fort. Il réalise un pari risqué : raconter une histoire dont nous connaissons déjà la fin. Cette plongée dans la vie de ces adolescentes et de leur entourage met en lumière la vie de ces banlieues américaines polissées et dictées par les apparences. Virgin Suicides est un roman infiniment intime, psychologique, érotique et à la fois morbide, glauque. Ce contraste fait émerger une dimension quasi sociologique qui donne de la profondeur au récit. 

Un excellent roman que je recommande à tous !

Publié par Lux